Ca ne va nin l’idée de la mort !


Ca ne va nin l’idée de la mort

Je n’aime pas l’idée de la mort.

Je n’aime pas la finitude car sa réalité n’est que désastre.

Je n’aime pas l’idée que le support d’amour, le porte-manteau de l’âme soit réduit en poussière à tout jamais.

Je n’aime pas la réduction aux seuls souvenirs qui remontent plic ploc. Où est le palpable là-dedans ?

Je n’aime pas les « questions de mort » auxquelles il faut répondre.

Je n’aime pas le dernier lit souvent métallique et la chaire, percée de tuyaux, et le visage masqué d’oxygène jusqu’au dernier souffle, qui ne cache même plus un sourire.

Je n’aime pas le dernier contact où les yeux sont déjà partis, où l’on sert une main sans réponse ; scruter, percevoir les derniers soubresauts de la relation.

Je ne conçois pas le timbre de cette voix que je ne pourrai plus jamais entendre.

Je n’aime pas lutter contre un morceau de musique triste, à qui l’emportera des larmes ou de la contenance.

Je n’aime pas les sanglots de deuil qui empêchent d’entrer en relation avec les autres.

Je n’aime pas choisir un cercueil, c’est quoi les critères : qu’il ferme bien ? Que les poignées soient bien accrochées au vide ?

Je n’aime pas le tri des photos qui sans le mort manquent de légendes.

J’ai peur des garde-robes, des armoires entr’ouvertes sur des rappels olfactifs des aimés; où les vautours rapidement passés dépouillent une vie en salle de ventes, avidité, gros sous et petits riens.

Sur le parvis, je n’aime pas attendre cette longue voiture grise qui glace le quartier quand elle passe.

Je n’aime pas le cliquetis de la civière qui porte le mort et le son sourd des roues sur la pierre bleue.

Je n’aime pas le métier des hommes qui portent en noir le reste d’une vie.

Je n’aime pas ce mimétisme d’Halloween qui chape tout de plomb.

Je n’aime pas la douleur de la voix de l’enfant qui se trouble dans une dernière intension au son métallique du micro qui crie sous les voutes.

Je n’aime pas les stigmates que laisse au premier rang, la fin, sur l’aimé de celui ou celle qui s’en va.

Je n’aime pas l’obligation pour les presque-morts de se dessécher un peu plus;sortant de leur tanière vers  le froid des églises.

Je n’aime pas les repas café froid d’après cérémonie.

Je ne conçois pas que cet arbre puisse continuer à vivre sans que je puisse poser une main sur son écorce.

Je ne conçois pas que la fraîcheur de cet étang ne puisse plus me faire sourire.

Je ne conçois pas ne plus pouvoir ouvrir mes livres.

Je n’aime pas penser qu’un jour j’imposerai ma finitude aux autres.

J’aimerais rayer le disque de la vie sur mes plus belles années, pour toujours recommencer le bon.

Donnez-moi l’infini, donnez-moi une longue barbe blanche, et que je fasse un à un tous les métiers, jusqu’à la nuit des temps avec des mains calleuses et un cerveau trop grand.

Tom Atfarcy

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